Calligraphie japonaise (Shodo) : l'art du pinceau
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Table des matières
La calligraphie japonaise : l’art d’exprimer l’esprit à travers les caractères
Le shodo, la calligraphie japonaise, est un art expressif qui utilise un pinceau appelé « fude » et de l’encre pour écrire des caractères sur le papier, transmettant pensées et émotions à travers la forme écrite. Ce n’est pas simplement l’acte d’écrire, mais un art dans lequel l’esprit de l’auteur se reflète dans les caractères. Le shodo a une longue histoire : il a été introduit au Japon depuis la Chine aux VIe et VIIe siècles comme moyen de recopier des sutras bouddhiques (shakyo). Il s’est ensuite imposé comme une forme d’apprentissage cultivé, notamment chez l’aristocratie et les samouraïs. Aujourd’hui encore, le shodo demeure un art familier au Japon, les élèves de l’école primaire apprenant les bases de la calligraphie dans une matière obligatoire appelée « Shuji ».
Les moyens d’expression du shodo sont extrêmement variés en raison de la multiplicité des facteurs en jeu, comme le style d’écriture, le sens des caractères, la taille et le type de pinceau utilisé, ainsi que l’individualité du calligraphe. L’attrait du shodo réside non seulement dans la netteté de la forme, mais aussi dans l’énergie et l’expression de chaque caractère.
Explorer les styles de calligraphie japonaise
Il existe trois principaux styles d’écriture dans le shodo moderne, et un même caractère peut paraître très différent selon le style. Avant d’en apprendre davantage sur les styles d’écriture, il est important de comprendre les concepts de « Hikkaku » (ordre des traits) et de « Hitsuji » (direction des traits).
Chaque trait qui compose un caractère kanji est appelé un « Hikkaku ». Les caractères kanji ont un ordre prescrit dans lequel les traits doivent être tracés, et cet ordre s’appelle « Hitsuji."
»Sur la base de ces concepts, voici une présentation des caractéristiques de chaque style d’écriture, par ordre de difficulté
楷書 Kaisho (style bloc)
Le Kaisho est le style d’écriture le plus fondamental. C’est le style généralement utilisé au Japon et il se caractérise par sa facilité d’écriture et de lecture. En Kaisho, tous les traits d’un caractère kanji ne sont pas tracés d’un seul trait continu ; le pinceau est soulevé du papier après chaque trait. Bien qu’il existe au total cinq types de Kaisho, y compris certains peu utilisés, il est considéré comme le dernier style d’écriture à avoir été développé.
行書 Gyosho (style semi-cursif)
Le Gyosho est un style d’écriture qui met l’accent sur la rapidité et la fluidité sans déformer de manière significative la forme du Kaisho. Dans certains cas, les traits sont tracés d’un trait continu sans lever le pinceau, ou des traits peuvent être omis ou l’ordre des traits modifié. Comme le Gyosho ne s’écarte que légèrement du Kaisho, il n’est pas difficile à lire.
草書 Sosho (style cursif)
Le Sosho est un style d’écriture créé dans le but d’écrire rapidement. Il se caractérise par ses lignes fluides et sa grande qualité artistique. Cependant, comme les traits et l’ordre des traits des caractères sont souvent abrégés et que la forme diffère fortement du style Kaisho de base, il peut être difficile à lire sans connaissances préalables.
Les outils du shodo (calligraphie japonaise)
Cette section présente les outils essentiels nécessaires au shodo. Les quatre outils indispensables suivants sont collectivement appelés « Bunbou-Shihou » (les Quatre Trésors de l’étude) :
Pinceau de calligraphie japonaise (fude)
Les quatre qualités essentielles d’un bon pinceau de calligraphie, appelées « Shitoku », sont des critères cruciaux à prendre en compte lors du choix d’un pinceau. Il s’agit de :
- « Sen » (尖) : la pointe du pinceau est fine et les poils sont bien regroupés, formant une pointe précise.
- « Sei » (斉) : tous les poils du pinceau sont bien alignés et ordonnés, assurant un écoulement uniforme de l’encre.
- « En » (円) : les poils du pinceau forment une forme conique soignée, permettant une grande variété de traits.
- « Ken » (健) : les poils du pinceau ont une élasticité et une résilience modérées, offrant contrôle et réactivité.
Pour les débutants, les pinceaux de calligraphie sont disponibles avec des poils blancs ou bruns. Les pinceaux à poils bruns sont recommandés pour les débutants.
Les poils bruns sont légèrement plus fermes et plus résistants, ce qui les rend plus faciles à manier. Ils conviennent particulièrement au Kaisho, un style qui consiste à lever le pinceau après chaque trait. Les poils blancs sont plus souples et ont moins de résistance, ce qui les rend plus adaptés au Gyosho et au Sosho, des styles qui utilisent des traits plus fluides. Ils sont généralement préférés par les calligraphes plus expérimentés.
Encre (sumi)
Traditionnellement, l’encre utilisée dans la calligraphie japonaise est obtenue en broyant des bâtons d’encre solides sur une pierre à encre et en les mélangeant avec de l’eau. Cependant, l’encre liquide, appelée « Boku-ju », est aujourd’hui couramment utilisée.
Les bâtons d’encre solides traditionnels, fabriqués à partir de suie et de colle de haute qualité, sont bien supérieurs à l’encre liquide et restent inchangés même lorsqu’ils sont exposés à l’air. Une encre de bonne qualité n’est pas simplement noire ; elle possède de la profondeur et des nuances. De plus, on dit que les bâtons d’encre de haute qualité ne produisent aucun bruit lorsqu’on les frotte sur la pierre à encre.
Pierre à encre (suzuri)
La pierre à encre sert à broyer et dissoudre les bâtons d’encre solides et à contenir l’encre liquide. Elle comporte une surface plane pour broyer l’encre et un réservoir pour l’encre liquide.
Les pierres à encre en pierre sont nécessaires pour broyer l’encre solide. La clé pour obtenir une belle encre est de la broyer lentement et délicatement avec une pression minimale.
Hanshi (papier de calligraphie)
Il s’agit du papier spécial utilisé pour la calligraphie japonaise. La qualité du hanshi influence la facilité d’écriture et l’apparence de l’encre, il est donc important d’en choisir un qui vous convient. Soyez attentif lors du choix du hanshi, car un papier à surface très lisse a tendance à repousser l’encre, ce qui rend l’écriture difficile.
Comprendre les éléments du shodo
Pour apprécier pleinement le shodo, il est important de comprendre les trois éléments suivants. Ces concepts fournissent un cadre pour évaluer la calligraphie, tant dans la pratique que dans l’appréciation de l’art. Comme le shodo est un art créé par la main de l’homme, ces éléments peuvent influencer de manière significative l’impression qu’une œuvre produit sur le spectateur.
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筆法 Hippou (méthode du pinceau)
Hippou désigne les principes fondamentaux de la calligraphie qui ne doivent pas être enfreints lors de l’écriture des caractères. Cela inclut des aspects tels que la façon de tenir le pinceau, la position du bras et l’exécution des différents coups de pinceau. Cela englobe la posture correcte, la prise en main et le mouvement du pinceau afin d’obtenir une forme et un contrôle appropriés.
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筆勢 Hissei (énergie du pinceau)
Hissei englobe les caractéristiques des lignes créées, influencées par la forme des caractères, la personnalité du calligraphe et son état mental. Cela inclut des aspects tels que l’épaisseur et la longueur des lignes, l’utilisation de lignes droites et courbes, ainsi que l’énergie et l’élan transmis par les traits. Hissei reflète le dynamisme et l’expressivité de la main du calligraphe.
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筆意 Hitsui (intention du pinceau)
Hitsui désigne l’élégance et l’esprit exprimés à travers la calligraphie. Cela reflète les intentions, l’état d’esprit, les sentiments et les émotions du calligraphe, au-delà des aspects physiques de l’écriture. Hitsui saisit les qualités artistiques et émotionnelles plus profondes transmises par la calligraphie, révélant l’esprit intérieur du calligraphe.
Guide du débutant en calligraphie japonaise
Cette section fournit des conseils sur la manière de pratiquer le shodo.
La posture correcte pour la calligraphie japonaise
Adopter la bonne posture est fondamental pour produire une belle calligraphie. Assurez-vous de vous asseoir face au bureau, avec un léger espace entre votre ventre et le bureau, en gardant le dos droit.
Comment tenir un pinceau de calligraphie
La manière de tenir le pinceau est cruciale en shodo, car elle influence la forme des caractères et la qualité des traits. Cela relève du principe de « hippou » mentionné plus haut. Apprendre à partir des prises de pinceau développées par les calligraphes au fil de l’histoire est fondamental pour écrire de beaux caractères.
Tout d’abord, saisissez le pinceau au tiers du « hikan » (le manche du pinceau).
Il existe deux façons de base de positionner vos doigts :
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単鉤法 Tankōhō (méthode du crochet simple)
Tenez le pinceau avec le pouce, l’index et le majeur. Vu de face, seul l’index doit se trouver devant le pinceau, tandis que le majeur le soutient par derrière. Les deux autres doigts peuvent reposer légèrement sur le majeur ou saisir doucement le pinceau.
Cette méthode permet une plus grande liberté de mouvement et des traits dynamiques, ce qui la rend adaptée à l’écriture de caractères plus petits. Cependant, pour les enfants ou les débutants qui peuvent avoir du mal à stabiliser le pinceau, la méthode du double crochet est recommandée.
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双鉤法 Sōkōhō (méthode du double crochet)
Contrairement à la méthode du crochet simple, dans la méthode du double crochet, votre majeur est également placé devant le pinceau. Les deux autres doigts sont tenus de la même manière que dans la méthode du crochet simple. C’est la façon la plus courante de tenir le pinceau, car elle offre de la stabilité et convient à l’écriture de caractères plus grands.
Première pratique : s’exprimer avec des lignes
Entraînez-vous à écrire տարբեր lignes pour vous familiariser avec l’utilisation du pinceau et de l’encre. Concentrez-vous sur le contrôle des mouvements du pinceau, comme « tomeru » (arrêter), « harau » (balayer) et « haneru » (flicker). De manière générale, écrivez les lignes droites rapidement et les lignes courbes lentement.
Lorsque vous chargez le pinceau en encre, veillez à ce que l’encre atteigne la base des poils. Si seules les pointes sont trempées, la base ne sera pas correctement saturée, ce qui entraînera un débit d’encre irrégulier et nuira à votre capacité à écrire efficacement.
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Lignes verticales et horizontales
Lors de l’entraînement aux lignes verticales et horizontales, commencez avec une touche légère à distance et faites glisser le pinceau en douceur pour tracer la ligne. Évitez d’exercer une pression lorsque vous soulevez le pinceau du papier. Entraînez-vous à tracer des lignes d’une épaisseur constante du début à la fin.
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Lignes en zigzag (écriture continue)
Entraînez-vous à écrire des formes continues en Z et en V. Tracez la forme en Z dans un mouvement en zigzag de haut en bas, et la forme en V de gauche à droite, en gardant une touche légère. En plus de garder les lignes de même épaisseur, entraînez-vous à alterner entre lignes épaisses et fines sans lever le pinceau afin d’apprendre le rythme de l’écriture des caractères.
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Lignes circulaires (écriture continue en spirale)
Entraînez-vous à écrire des lignes circulaires continues dans le sens horaire et antihoraire. Veillez à garder l’épaisseur des lignes constante pendant cet exercice.
Kanji recommandés pour la pratique initiale
Après avoir pratiqué les lignes, essayez « 臨書(rinsho) » (copie calligraphique). Le rinsho consiste à imiter des œuvres calligraphiques exemplaires, en respectant le bon ordre des traits (« hitsujun »).
Un kanji recommandé pour les débutants est « 永 » (Ei), qui signifie « éternité » ou « durable ». La raison de cette recommandation ne tient pas à sa signification, mais à sa forme.
En calligraphie japonaise, il existe un dicton, « Eijihappou » (huit méthodes dans le caractère « Ei »). Cela indique que le caractère « 永 » incarne les huit points essentiels d’une belle calligraphie. En comprenant et en pratiquant ce caractère, vous pouvez maîtriser les techniques fondamentales du contrôle du pinceau.
永字八方 Eight Points for Beautiful Calligraphy
- Soku (側) : Un point. Abaissez le pinceau de gauche à droite et appuyez.
- Roku (勒) : Un trait horizontal. Déplacez le pinceau horizontalement et arrêtez-vous fermement.
- Do (努) : Un trait vertical. Déplacez le pinceau tout droit vers le bas et arrêtez-vous fermement à la fin.
- Teki (趯) : Un flick. Déplacez le pinceau comme s’il rebondissait à partir d’une position arrêtée.
- Saku (策) : Une ligne oblique ascendante vers la droite. Contrairement à Roku, ne vous arrêtez pas à la fin, mais soulevez le pinceau.
- Ryaku (掠) : Un balayage vers la gauche. Balayez le pinceau vers le bas et la gauche en un seul trait.
- Taku (啄) : Un balayage court vers la gauche. Balayez le pinceau vers le bas et la gauche en un seul trait court.
- Taku (磔) : Un balayage vers la droite. Déplacez lentement le pinceau vers le bas et la droite, arrêtez-vous une fois à la fin, puis soulevez lentement le pinceau vers la droite.
La calligraphie japonaise est un art qui reflète l’esprit et l’individualité du calligraphe. En comprenant son histoire, ses styles, ses outils et sa dimension spirituelle, vous pouvez mieux en apprécier la beauté. En prenant vous-même le pinceau et en découvrant l’univers du shodo, vous pourriez découvrir de nouvelles perspectives et être touché par sa profonde expressivité artistique.